Cannes dans les années 30 : quand mon père gardait la Riviera au fond de son cœur

Cannes dans les années 30 : quand mon père gardait la Riviera au fond de son cœur

Mon père avait sept ans quand il a découvert Cannes pour la première fois. Nous sommes en 1930. La Croisette n'était pas encore ce défilé de paparazzi et de berlines noires — c'était une longue promenade de palmiers et de voitures à chevaux, une plage de sable fin où les familles bourgeoises venaient se baigner en tenue complète. Un enfant de sept ans qui court pieds nus sur ce sable-là ne l'oublie jamais.

Trente ans plus tard, en 1961, mon père a acheté une bastide perchée sur les hauteurs de Sanary. Pas pour fuir Cannes — mais pour retrouver l'esprit de cette Riviera-là, plus calme, plus vraie, plus provençale. Cette villa, c'est notre Villa des Oliviers. Et moi, j'y suis arrivé à l'âge de neuf ans, avec les mêmes yeux grands ouverts que lui sur les oliviers et la mer.

Alors quand on me demande quels sont les meilleurs endroits où séjourner à Cannes, je réponds toujours avec un peu de mélancolie et beaucoup d'enthousiasme : Cannes mérite le détour — mais comprenez d'abord ce qu'elle a été, pour mieux apprécier ce qu'elle est encore.

Cannes dans les années 1930 : imaginez ce que c'était

En 1930, Cannes était la capitale hivernale de l'aristocratie européenne. Les Anglais y venaient depuis le XIXe siècle — Lord Brougham, dont la statue orne encore le vieux port, avait inventé la station en 1834, bloqué par une épidémie de choléra qui lui interdisait Nice. La mode était aux palaces Art Déco, aux promenades en canot à moteur vers les îles de Lérins, aux dîners en smoking sur les terrasses du Carlton.

Un enfant de sept ans qui grandissait là-dedans portait en lui quelque chose d'irremplaçable : l'odeur du pain chaud devant le marché Forville, le bruit des pointus qui rentraient à l'aube au vieux port, la lumière d'octobre sur les îles. C'est ce Cannes-là que mon père a cherché toute sa vie — et qu'il a trouvé, à sa manière, dans nos oliviers de Sanary.

Aujourd'hui, si vous voulez séjourner à Cannes, voici les adresses qui portent encore quelque chose de cet héritage.

Hôtel Barrière Le Majestic — la grande dame de la Croisette

Inauguré en 1926, le Majestic est l'un des rares palaces qui existaient déjà du temps de mon père. Sa façade blanche sur la Croisette, ses jardins intérieurs, sa plage privée face aux îles de Lérins — c'est ici que les familles de la Belle Époque prolongée venaient s'installer pour la saison. C'est le palace le plus ancré dans l'histoire de la Riviera. Les chambres côté mer offrent une vue sur ces mêmes îles que mon père regardait depuis la plage. Pour un séjour villa avec un accès direct à Cannes en 45 minutes, la Villa des Oliviers reste notre base de l'Ouest-Var.

Le Carlton — l'icône aux coupoles

Ses deux coupoles grises en forme de seins — la légende dit qu'elles auraient été inspirées par la poitrine de la Belle Otero, courtisane de la Belle Époque — font du Carlton Cannes le bâtiment le plus photographié de la Riviera. Ouvert en 1913, il était déjà mythique dans les années 30. Aujourd'hui rebaptisé Carlton Cannes, a Regent Hotel, il a été entièrement rénové. Son emplacement sur la Croisette, en plein cœur du Festival, est incomparable.

Hotel Martinez — la Palme d'Or au sens propre

Construit en 1929 dans un pur style Art Déco, l'Hotel Martinez est le troisième grand palace historique de Cannes. Son restaurant La Palme d'Or est doublement étoilé Michelin [À VÉRIFIER PAR FRANÇOIS — statut étoiles 2025]. C'est ici que les jurés du Festival se retrouvent. Les suites du septième étage regardent vers le large — vers les îles de Lérins, vers le large, vers cette Méditerranée qui ne change pas.

Five Seas Hotel — la discrétion du centre historique

À deux pas du vieux port et du marché Forville — le marché que mon père traversait enfant — le Five Seas est une adresse plus confidentielle. Boutique-hôtel de 45 chambres, rooftop avec vue, restaurant Sea Sens. C'est l'endroit idéal pour ceux qui veulent vivre Cannes plutôt que la subir depuis la Croisette. Le marché Forville le matin, avec ses poissonniers et ses fromages du Var, vaut à lui seul le déplacement.

JW Marriott Cannes — le luxe contemporain face au large

Pour un séjour résolument moderne avec piscine sur le toit et vue panoramique sur la Méditerranée, le JW Marriott occupe une position privilegiée sur la Croisette. Rien d'historique ici — mais un confort de très haut niveau et une équipe rodée aux séjours exigeants pendant le Festival.

Radisson Blu 1835 — le nom dit tout

Le nom évoque l'année de la fondation de Cannes par Lord Brougham. L'hôtel est installé dans l'ancien Palais des Festivals du vieux port, avec vue sur les îles et thalassothérapie. Un bon choix pour ceux qui veulent allier les soins marins et la proximité du vieux Cannes.

Hotel Belles Rives à Juan-les-Pins — Fitzgerald et la Riviera des Années Folles

Techniquement à Juan-les-Pins, à une vingtaine de kilomètres de Cannes, mais impossible à ignorer quand on parle de la Riviera des années 1920-30. F. Scott Fitzgerald et Zelda y ont séjourné. La terrasse sur la mer, le ponton privé Art Déco, le restaurant La Passagère — c'est un saut dans la machine à remonter le temps. Si mon père avait su ce qu'était cet hôtel à l'époque, il y aurait certainement emmené ma mère.

Le Grand Hôtel Cannes — vue dégagée sur les îles

En bout de Croisette, le Grand Hôtel offre une position calme avec vue directe sur les îles de Lérins. Moins exposé à l'agitation du Festival, il plaît aux familles qui veulent profiter des plages de Cannes sans être au cœur du tourbillon.

Hotel Le Canberra — charme Art Déco hors Croisette

Dans les rues calmes derrière la Croisette, Le Canberra est un hôtel à taille humaine, décoré dans un esprit Art Déco soigné. Piscine sur le toit, service personnalisé, prix plus raisonnables qu'en bord de mer. Une bonne base pour explorer Cannes sans se ruiner.

InterContinental Carlton — quand le palace devient musée vivant

Retour sur le Carlton pour une note plus personnelle : chaque fois que je passe devant ce bâtiment, je pense à mon père enfant, à ce Cannes d'avant la foule, à la légèreté d'une époque qu'on ne peut plus qu'imaginer. Le Carlton est classé monument historique. Entrez boire un verre au bar — vous verrez défiler cent ans d'histoires de la Riviera en regardant les photos sur les murs.

Mon conseil : Cannes en base avancée, Sanary comme port d'attache

Cannes se visite. Elle se savoure en une journée, deux au maximum pour les festivals. Mais pour vivre la Provence, pour retrouver ce que mon père cherchait quand il a acheté notre bastide en 1961, il faut s'installer plus à l'ouest. À Sanary-sur-Mer, les pointus sont toujours au port le matin, le marché sent encore le thym et la tapenade, et depuis notre terrasse, on voit les mêmes îles qu'on aperçoit depuis la Croisette — mais dans le silence.

Depuis la Villa des Oliviers, Cannes est à 45 minutes de voiture. Bandol à 10 minutes, Cassis à 35. C'est la base parfaite pour rayonner sur toute la Riviera occidentale, sans se noyer dans l'agitation des palaces à 1 000 euros la nuit.

Réservez votre semaine provençale — et faites comme mon père : trouvez votre Cannes à vous, un peu plus au calme, un peu plus à l'ouest.

FAQ — Cannes et la Riviera depuis l'Ouest-Var

Cannes vaut-elle vraiment le détour depuis Sanary ?

Absolument. Comptez 45 minutes de route ou 1h15 en train (avec changement à Toulon). Cannes en journée, c'est le marché Forville le matin, la Croisette, un déjeuner face aux îles, les ruelles du Suquet l'après-midi. Une excursion parfaite depuis la villa.

Quelle est la meilleure période pour visiter Cannes ?

Mai est à éviter si vous n'êtes pas au Festival (hôtels hors de prix, ville saturée). Juin, septembre et octobre sont idéaux : lumière magnifique, plages dégagées, prix raisonnables. En juillet-août, privilégiez le matin tôt.

Peut-on visiter les îles de Lérins depuis Cannes ?

Oui, les navettes partent du vieux port toute l'année [À VÉRIFIER : fréquences hiver 2025]. L'île Saint-Honorat, avec son abbaye cistercienne active et ses vignes en bord de mer, est l'une des plus belles excursions de la Riviera. Comptez une demi-journée.

Pourquoi mon père a-t-il choisi Sanary plutôt que Cannes en 1961 ?

Bonne question. Je pense qu'il cherchait le Cannes de son enfance — et celui-là avait disparu. Sanary gardait encore ce côté village de pêcheurs, cette lumière du Var moins exposée que la Côte d'Azur. Et nos oliviers, bien sûr. On ne résiste pas à des oliviers centenaires.

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